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Beethoven et Schubert se disent adieu à Genève

Tribune de Genève

Beethoven et Schubert se disent adieu à Genève

Se sont-ils seulement rencontrés? Ont-ils croisé leurs regards et échangé leurs avis autour de la musique? Rien, aucun document ni propos émanant de témoins fiables, n’atteste la jonction entre ces deux monstres sacrés de l’âge romantique que sont Beethoven et Schubert. Ils furent certes partiellement contemporains, séjournèrent à quelques occasions pas loin l’un de l’autre, nous disent les annales et les historiens. Oui, mais rien de plus.

Pourtant, le scénario hautement improbable d’un entretien et d’un échange, même fortuits, n’a cessé de faire fantasmer les uns et d’alimenter des envolées littéraires des autres. La preuve encore par la proposition intrigante et romanesque qu’offre au Théâtre Les Salons le Quatuor Terpsycordes.

Avec «Post-scriptum 1826», la formation genevoise apporte de l’eau au moulin, par le biais d’un spectacle qui joint dans un seul mouvement musique et théâtre. «L’idée est très simple, explique le premier violon du quatuor, Girolamo Bottiglieri. Nous avons imaginé une rencontre en 1826 entre ces deux grandes figures, et l’avons placée précisément dans la chambre à coucher d’un Beethoven en fin de vie. D’entrée de jeu, nous, les musiciens, toquons à la porte du maître, qui nous laisse entrer et nous place dans un coin de la pièce. Pendant toute la durée de l’entretien entre les compositeurs, nous ponctuons leurs propos d’extraits de quelques pièces de l’un et de l’autre, et tout particulièrement l’op.135 de Beethoven et le D.887 de Schubert, soit le dernier quatuor qu’il a écrit pour cordes.»

Voilà pour la musique. Quant aux textes, ils ont été choisis et malaxés par le comédien Alain Carré, qui signe aussi la mise en scène du spectacle. En plongeant longuement dans les journaux intimes de Schubert et dans les cahiers de conversations de Beethoven, l’artiste français a façonné les dialogues. Une dramaturgie séduisante se déploiera ainsi, entre mirages musicaux et illusions textuelles, incarnées par Alain Carré et par Dejan Nikolic.

Rocco Zacheo

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